Annick Le Guérer- Anthropologue, philosophe, historienne, écrivain de l’Odorat et du Parfum.

« Plongée » dans le parfum dès son enfance, Annick Le Guérer évoque ses souvenirs ponctués d’anecdotes et de rencontres. Avec plusieurs livres édités, des conférences proposées, des expositions imaginées et de nombreuses publications, elle est aujourd’hui une référence incontournable et passionnante du vaste monde du parfum et des odeurs.

D’autant plus que le parfum comme l’odorat reviennent sur le devant de la scène, en particulier dans le domaine de l’olfactothérapie. En effet, Annick montre et rappelle que l’une des premières fonctions du parfum a été de protéger des maladies et de soigner. Et travaille avec de grands scientifiques sur l’olfaction comme André Holley, Benoist Schall, Roland Salesse, et des chercheurs comme Sylvain Delplanque, chercheur au Centre suisse en sciences affectives, où il coordonne un projet scientifique qui résulte d’un partenariat entre l’Université de Genève et Firmenich SA.

Car, une chose est sûre “après une longue éclipse, elle revient en force, se réjouit ” l’historienne.

Elle aime aussi évoquer ” le rôle du parfum “. Il  a pour vocation aussi “de laisser un souvenir et une trace dans le cœur et la mémoire de ceux qu’on aime » raconte Annick d’une voix posée en pensant aux souvenirs olfactifs d’autrefois. Enfant, elle essayait les parfums Dior que son beau-père (qui portait Eau Sauvage et sa mère Diorissimo ou Dioressence) était chargé de distribuer. « Dès l’âge de 8 ans, j’ai été sensibilisée aux parfums et aux odeurs. Etudiante, j’ai décidé de m’y consacrer ». Pour mieux les comprendre, elle entame des études d’anthropologie et de philosophie; sa thèse a pour titre « Le sang et l’Encens ». Pionnière, son avenir était tracé …. même si le sujet dérangeait.

Car dans les années 1980, être la première femme à aborder ce sujet tabou de façon aussi claire dans un univers très masculin n’était pas chose aisée pour notre chercheuse : «L’odorat était jusqu’alors considéré comme un sens inférieur, animal, lié au sexe et au plaisir. J’ai voulu redonner aux odeurs leurs lettres de noblesse ». Psychanalystes, psychiatres, médecins et philosophes de l’époque n’ont pas tous vu d’un bon oeil les découvertes de la jeune femme…

Mais, persévérante et courageuse, creusant son sillon année après année, de conférences en publications (plus d’une dizaine de livres édités), elle cherche, fouille, explore, explique, raconte, et toujours passionnée, partage et dédicace : « J’ai décidé
d’écrire et de publier car c’était la seule façon de montrer mon travail, de me faire une place et d’expliquer à quel point odeurs, odorat et parfums ont une histoire, un pouvoir, un rôle ». Les titres évocateurs et instructifs, se succèdent : Le Parfum, des origine à nos jours, Les Pouvoirs de l’Odeur (traduit en six langues), Sur les routes de l’encens, Quand le parfum portait remède, Si le parfum m’était conté.

C’est ainsi qu’elle rappelle que le parfum, avant d’être objet de séduction, avait une toute autre vocation. «Le parfum dans l’Égypte des pharaons était assimilé au divin. Il permettait d’accéder à la vie éternelle par les pratiques d’embaumement. Les défunts devenaient alors des « parfumés », des dieux. Conçu comme la « sueur des dieux », le « sang du Christ », le parfum était doté de très grands pouvoirs : sacrés, préventifs, curatifs, magiques. Les parfums furent ensuite utilisés de façon profane pour embellir les femmes et les hommes et parfumer les maisons. Aujourd’hui, le parfum s’est démocratisé et est devenu un objet de consommation».

Désormais, des marques et des signatures, des parfumeurs et des créateurs, elle connaît les histoires, défendant plus que jamais ce patrimoine culturel et « cette activité comme une création artistique. Créer un parfum demande de l’audace, de la créativité ; cela exige de prendre des risques ; chercher de nouveaux accords c’est avoir de nouvelles idées. C’est un art ».

Elle est d’ailleurs très fière de rappeler qu’en janvier 2012, a eu lieu un événement considérable pour le monde de la parfumerie. Le Ministère de la Culture « se mettait au parfum » et organisait dans la galerie de Valois une exposition consacrée aux parfumeurs en même temps qu’il décorait plusieurs d’entre eux de l’Ordre des Arts et Lettres.

Et des idées d’expositions aux thèmes aussi surprenants qu’exaltants, elle n’en manque pas en tant que commissaire scientifique. Par exemple, ” La fabuleuse Odyssée des épices” au domaine de la Roche Jagu. Poivre d’Inde, cannelle de Ceylan, curcuma et cardamome…, l’odyssée des épices est un voyage au long cours entre les continents et à travers les âges ; un périple vers des contrées lointaines et hautement évocatrices pour l’imaginaire collectif. Ou encore “Toilettes et Beauté au 17ème siècle “.

Quant aux conférences, Annick en propose presque tous les mois. Les thèmes sont variés, et toutes ont un seul et même but : partager la passion du parfum en particulier et de l’odorat en général. A suivre sur son site !