Explorateurs, missionnaires et parfumeurs d’autrefois

fascinés par les fleurs d’Autrefois

Dans cet album joliment illustré et fascinant, on croise les roses de Chine, les ancêtres de nos roses modernes, dénichées à Canton en 1789 par un capitaine de vaisseau de la Compagnie britannique des Indes orientales.

On apprend qu’à la même époque, c’est en grande partie grâce aux revenus du pavot, ce gros coquelicot dont est tiré l’opium, que l’Angleterre finance la construction de son empire colonial. Produite à faible coût en Inde, la drogue est acheminée en Chine, où elle est échangée contre du thé, rend des millions de Chinois dépendants et provoque les guerres de l’opium, qui amorcent l’ouverture forcée de la Chine au commerce extérieur.

On se souvient que la passion pour les tulipes, dans la Hollande du XVIIe siècle, a conduit à une incroyable folie spéculative : avant le krach financier du 4 février 1637, où la valeur de ces fleurs d’origine turque s’effondre d’un coup, un seul bulbe de la rarissime Semper augustus pouvait atteindre 10 000 florins, l’équivalent de 100 000 euros d’aujourd’hui !

On se retrouve alors à la fin du XIXe siècle époque   laquelle c’est l’orchidée qui suscite toutes les convoitises.

Un siècle plus tôt, au XVIIIsiècle, pendant vingt ans et au péril de sa vie, l’agronome Pierre Poivre cherche des girofliers, cet arbre dont les boutons de fleurs séchés, les clous de girofles, sont prisés pour leur action anti-inflammatoire et antiseptique.

 Vous vous souviendrez aussi que le jasmin, qui a fait la renommée des parfumeurs de Grasse, vient d’Inde. Comme l’aloé véra, dont les vertus hydratantes sont décrites en 1563 par le médecin portugais Garcia de Orta dans son encyclopédie de botanique asiatique,

Le saviez-vous ? Lorsqu’ils découvrent une liane que les Amérindiens cultivent dans la forêt tropicale pour soigner l’anxiété ou l’insomnie et se délecter de ses fruits, les missionnaires jésuites l’appellent passiflore et surnomment ces derniers «fruits de la passion». A leurs yeux, la morphologie de cette fleur représente la Passion du Christ (les longs filaments qui la cernent forment la couronne d’épines, les cinq étamines les cinq plaies, les pointes du pistil les clous de la Croix…).

Un ouvrage riche en rencontre parfumée qui nous fait voyager à travers le monde.

Les voyages parfumés, Dimitri Delmas, illustré par Amélie Fontaine, Actes Sud, 64, pages