A Grasse, berceau mondial de la parfumerie, la rose de mai est en fleur. Sa cueillette bat son plein. Rencontre avec Carole Biancalana, propriétaire du Domaine de Manon, partenaire de la maison de luxe Dior.

La journée débute en compagnie de Carole, pour une récolte de la célèbre rose Centifolia. La cueillette de la rose est délicate. L’ennemi est le soleil, car le parfum de la rose y est plus fort mais moins suave. La cueillette s’effectue dès l’aube, fleur à fleur, rapidement.

Comment qualifier la rose Centifolia 2020 ?

L’intensité est la même. Cette année, je la trouve très litchi. On est entre le miel, l’épice, l’agrume, le litchi : c’est un parfum en soi.

Comment s’annonce la récolte de la rose Centifolia 2020 ?

La météo semble encore capricieuse, le dérèglement climatique est en route. Nous devons nous adapter. Nous sommes en perpétuelle remise en question pour aider nos cultures à faire face.

Quel est l’impact du Covid sur l’organisation, la récolte ?

Nous avons établi un protocole anti-Covid, afin de se protéger mutuellement par des gestes barrières et la réorganisation des récoltes. C’est moins convivial mais plus prudent. Au début nous avions mis les masques, on a renoncé il y a quelques jours, il fait tellement chaud : on transpire dessous, Il n’est pas question que des gouttes de transpiration aillent dans les roses. On a donc préféré agrandir la distanciation sociale pendant la récolte. C’est une récolte très parfumée, on attend la floraison comme la récompense de la saison et on ne sentait plus grand chose avec le masque, on était frustrés*

Quel est le rôle de l’Association Fleurs d’Exceptions en Pays de Grasse et des producteurs dans le contexte actuel ?

L’Association est une maternité de producteurs d’exception, engagés par une Charte. Elle est le fruit de la recherche de matières premières emblématiques cultivées avec amour et respect de la terre et de la rencontre avec les créateurs de génie en quête du produit « parfait ». Tant que l’on s’escrimera à cultiver l’excellence, le Bio, le beau, le responsable, l’avenir sera “rose”.

Comment voyez-vous l’avenir de la parfumerie française ?

La parfumerie française renoue avec l’excellence. La recherche du beau, de la traçabilité comme ” l’identité absolue de Grasse”anime ma parfumerie. C’est tout à son honneur. Une nouvelle ère s’annonce avec comme objectif, produire en toute exemplarité pour une fierté partagée.

https://www.fleurs-exception-grasse.com

* Francebleu

A travers les âges

Avec la rose de Damas, la rose Centifolia, ou rose de mai, est l’une des rares roses utilisées en parfumerie.

Particulièrement odorante, elle est utilisée dès le XIIe siècle à Grasse. À l’époque, c’était une ville de tanneurs, et les artisans utilisent son parfum incomparable pour masquer les odeurs de cuir.

Au milieu du XVIIe siècle, on distille la fleur d’oranger dans la région. À la fin XXe siècle, la production de fleurs de rose est de 1.000 tonnes.

C’est entre 1900 et 1930 que les productions de Grasse sont à leur apogée.

Aujourd’hui, elle est cueillie quotidiennement pour que la récolte soit la plus fraîche possible avant la transformation dans les plus grandes maisons de parfum. Un ouvrier expérimenté ramasse 5 kg à 8 kg par jour, mais il faut 5 tonnes de fleurs pour un seul kilo d’essence.

La rose de mai possède une odeur riche et sucrée, profondément rosée et très tenace. La note rosée est l’une des notes les plus utilisées en parfumerie. Elle a encore de beaux jours devant elle !

Deux parfums mythiques

  • Miss Dior

“Miss Dior est léger, frais et vif depuis les premières notes de galbanum et de gardénia, rehaussées par l’impertinence de la sauge. Puis, s’enroulant dans l’espace parfumé, le charme insaisissable du jasmin, de la rose et du néroli se mêle à l’envoûtante harmonie du patchouli et du ciste-labdanum, tandis que la chaleur veloutée de la mousse de chêne s’attarde dans l’air” disait Christian Dior.

C’est avec son ami d’enfance Serge Heftler-Louiche, le grand-père de Frédéric Malle, que Christian Dior a élaboré ses parfums. Son voeu le plus cher pour Miss Dior était de faire un parfum qui sente l’amour. C’est ce qu’il a demandé à Paul Vacher qui l’a imaginé comme un jardin de fleurs olfactifs !….

  • J’adore

‘Etre au plus près des fleurs’ : c’est ce qu’a voulu Calice Becker parfumeur, créatrice de J’Adore. Elle a l’imaginé en un hologramme olfactif et floral. Un parfum entre la rose, le jasmin, le magnolia … comme une nouvelle fleur

L’idée de la créatrice était “d’impressionner et d’hypnotiser et non pas de créer un choc. Ce parfum fait oeuvre de lumière.”

Puis François Demachy, a créé J’adore l’Or, un “voyage olfactif vers de chaudes nuances dorées, celles d’un coucher de soleil d’été.” Et dernièrement Miss Dior Rose N’Roses pour, comme le dit le créateur “retrouver cette sensation de “nature” puissante, comme lorsque dans mon enfance à Grasse, je découvrais les champs fleuris au mois de mai.”

Les procédés d’extraction : de la délicatesse avant tout

Trois différents procédés d’extraction sont utilisés pour capturer le parfum de la rose*.

  • L’hydrodistillation permet l’obtention d’une huile essentielle. C’est également le procédé le plus utilisé. Les pétales de la fleur sont placés dans un grand volume d’eau porté à 100°C. Les vapeurs recondensées donnent de l’eau de rose et l’huile essentielle de rose impures. Lors de ces opérations ont obtient également de « l’huile d’eau » qui placée plusieurs jours au soleil permet d’obtenir  l’huile essentielle de rose pure, également appelé essence de rose ou attar de rose.
  • La seconde technique utilisée pour extraire le parfum des roses est l’extraction par solvant. Cette technique permet l’obtention d’un produit semi-solide très concentré en parfum : la concrète. Cette dernière est ensuite traitée avec de l’alcool tiède afin de séparer les molécules odorantes des impuretés pouvant rester. L’alcool est par la suite évaporé pour d’obtenir de l’absolu de rose. Pour 1kg de concrète et à 5kg d’absolu, 400kg de pétales de roses doivent subir cette extraction.
  • La dernière technique, mais aussi la plus rare est la macération à chaud. Elle permet d’obtenir une infusion de rose transparente et plus légère olfactivement parlant.

*Source : Quintessence Lab