Claire Mathé

Par Claire Mathé, jeune chercheur au CNRS

L’odorat est un des sens les plus appropriés pour stimuler.

Contrairement aux autres sens, les signaux olfactifs atteignent directement les zones de gestion de l’émotion, les zones primitives (hypothalamus et amygdale), avant les zones de réflexion. Avant d’avoir pu réfléchir et analyser, on ressent, on subit une émotion. Ce sont principalement les odeurs qui nous guident dans notre quotidien, sans même que l’on en ait conscience.

Chacun construit sa propre bibliothèque de souvenirs olfactifs. À cette bibliothèque autobiographique s’ajoute une bibliothèque olfactive universelle qui est indispensable à la survie de notre espèce. L’amygdale est la zone du cerveau qui traite ces signaux de danger, d’urgence. À la Préhistoire, la survie de l’homo sapiens dépendait du bon fonctionnement de l’amygdale, c’est-à-dire de sa capacité à réagir immédiatement face aux effluves du danger ou celles indispensable à sa survie : l’odeur de brûlé, du sang, du lait maternel, etc. Certains signaux sont restés ancrés dans notre cerveau comme des alertes face à un danger immédiat, et donc provoquent une stimulation instantanée : ce projet exploite ce raccourci.
Ces dernières années, les grands acteurs de la parfumerie mondiale ont développé un intérêt grandissant pour les neurosciences des odeurs. Que ce soit pour améliorer la qualité du sommeil chez IFF (1)  pour intégrer de nouveaux accords à la palette du parfumeur chez Givaudan (2) , ou encore pour étudier le lien entre émotions et odeurs chez Firmenich (3)

A l’inverse, le pouvoir stimulant de parfums et notamment d’huiles essentielles a été à de nombreuses reprises étudié par les neuroscientifiques. (4)

Si l’étude neuroscientifique des parfums a permis de mieux comprendre comment les odeurs impactent notre cerveau, la composition d’une huile essentielle est quant à elle difficile à caractériser.

Celle-ci dépend de plusieurs facteurs : de la plante (environnement de pousse, météo), de la façon de la transformer (conditions de distillation), ou encore du stockage du produit (température, lumière, humidité). Ces différents points peuvent faire grandement varier la nature et la proportion des molécules dans l’huile essentielle et donc notre réaction face à celle-ci.Pour mieux comprendre comment une odeur impacte notre état d’éveil, il a donc fallu s’affranchir de ces paramètres et revenir à l’échelle moléculaire.

Ce projet est le fruit d’une collaboration entre deux laboratoires : l’UCCS en chimie et SCAlab en sciences cognitives.

La démarche pour créer ce « parfum du mouvement » consiste à identifier des molécules stimulantes et étudier les synergies ou antagonismes de leur mélange.

En utilisant des outils neuroscientifiques, les effets de chaque molécule sont caractérisés pour déterminer le mélange qui optimise ces synergies, permettant alors de maximiser la stimulation, qu’elle soit physique ou cognitive. Pour mesurer ces deux types de stimulation, des réponses physiologiques (comme le bpm) ont été relevées avec une montre connectée, et des questionnaires (évaluation de l’état émotionnel, de l’éveil, etc.) ont été donnés aux participants.

Le projet s’articule en deux phases distinctes.

Dans un premier temps, une poignée de molécules susceptibles d’avoir un impact stimulant ont été sélectionnées. Ces molécules ont alors été testées individuellement et à différentes concentrations pour déterminer leur optimum. Les participants ont été invités à sentir différentes odeurs et à les évaluer selon leur ressenti et leurs effets sur les sensations corporelles et cognitives. A partir des données de la première phase, les molécules les plus performantes ont été retenues pour composer des mélanges. Lors de la phase 2, les mélanges ont ensuite été re-testés dans les mêmes conditions que la phase 1. Les inclusions pour cette phase 2 sont en cours. Ainsi, à court terme, notre travail sera de développer un modèle mathématique qui permettra de prédire les résultats de multiples combinaisons des molécules à partir des résultats des mélanges testés.

À moyen terme, notre projet permettra d’obtenir les proportions idéales pour formuler un « parfum du mouvement » en exploitant la synergie des molécules tout en quantifiant leurs effets sur le comportement humain.

Ce projet est le fruit d’une collaboration entre deux laboratoires : l’UCCS en chimie (Véronique Nardello-Rataj, Lien professionnel Véronique Nardello-Rataj) et SCAlab en sciences cognitives.(Yvonne N. Delevoye-Turrell, Lien professionnel Yvonne Delevoye) “

1. http://(Sleepscore : https://www.forbes.com/sites/sharonedelson/2022/01/10/iff-and-sleepscore-labs-develop-fragrance-that-targets-sleepless-nights/?sh=67e13a7f4706),

2. http://(Moodscentz https://www.givaudan.com/fragrance-beauty/fragrance-technologies/health-and-wellbeing/moodscentz)

3. http://(EmOtion https://www.firmenich.com/fragrance/press-release/harnessing-power-fragrance-create-positive-emotions-firmenich-emotion).

4. – Lizarraga‐Valderrama, L. R. (2020). Effects of essential oils on central nervous system: Focus on mental health. Phytotherapy Research.
– Chandharakool, S., Koomhin, P., Sinlapasorn, J., Suanjan, S., Phungsai, J., Suttipromma, N.Sattayakhom, A. (2020). Effects of Tangerine Essential Oil on Brain Waves, Moods, and Sleep Onset Latency. Molecules, 25(20), 4865. – Nasiri, A., & Boroomand, M. M. (2021). The effect of rosemary essential oil inhalation on sleepiness and alertness of shift-working nurses: A randomized, controlled field trial. Complementary Therapies in Clinical Practice, 43, 101326.

Isabelle sadoux, rédactrice 

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