Le musée du flacon de parfum de Baccarat va présenter l’une des collections de parfumerie les plus complètes au monde, l’oeuvre d’une vie, celle de George Stam, gentleman collectionneur. Retour sur l’histoire du flaconnage, quand la première fois, le contenant a plus de valeur que le contenu.

Cette histoire d’amour entre George Stam et le flacon débute à Genève, il y a une trentaine d’année, lorsqu’il déniche chez un antiquaire Suisse un flacon Guerlain, en cristal de Baccarat. Depuis ce jour, George Stam collecte aux quatre coins du monde ces témoins de notre patrimoine français.

L’origine du parfum remonte à l’Antiquité. Les Egyptiens brulaient des essences aromatiques lors des cérémonies religieuses. Durant la Renaissance, l’usage du parfum est fréquent chez les reines et courtisanes. Les flacons en verre se démocratisent dès le XVe siècle, période où les premières verreries sont établies en Lorraine.

La collection exposée retrace les grandes périodes du parfum, glissant du tableau floral de l’Art nouveau vers la géométrie caractéristique de l’Art Déco, en passant par les créations actuelles des cristalliers, commanditées par les couturiers-parfumeurs. L’exposition du musée du flacon de parfum regroupe également de rares coffrets, des cosmétiques et des vestiges de la réclame du XIX et XXe siècle.

Discours du collectionneur lors de l’inauguration, George Stam

Quel honneur, quel bonheur pour moi de m’adresser à vous. Je savoure avec vous cette émotion d’un grand moment. Je la partage avec toutes celles et tous ceux qui se sont impliqués dans le projet de cette exposition et dans celui du futur musée du flacon de parfum de la Ville de Baccarat.

C’est avec mon cœur que je voudrais exprimer ce soir mon sentiment vis-à-vis de cette exposition, ceci par deux mots : Le premier est « Passion». Il donne un sens à toute démarche de collectionneur. Le second est « Partage ».

Je ne puis concevoir une collection sans volonté qu’elle puisse être vue par le plus grand nombre. C’est fait, dès maintenant, avec un premier aperçu, certes infime. Je suis fier de la France et vous, en tant que Français pouvez l’être plus encore, pour ses artisans, pour ses artistes et ses créateurs. Votre Nation possède dans tellement de domaines, artistiques notamment, un « savoir-faire », que dis-je : « des savoir-faire » tant ils sont multiples et variés, qui sont exceptionnels. Très souvent, ils sont uniques au monde, sinon ils sont à la toute première place. Je dis : Bravo la France, cela fait partie de sa Grandeur ! N’ayons pas peur du mot, totalement justifié.

Le parfum fait rêver et contribue au pouvoir de séduction. La France ne se trouve pas par hasard au premier rang mondial dans ce domaine, fleuron de l’industrie du luxe, dans lequel la Haute Couture rayonne également. Couturiers-parfumeurs, c’est le thème de cette exposition, ce choix n’est pas dû au hasard non plus.

Dans la parfumerie moderne, depuis plus d’un siècle, pour conditionner le parfum et susciter l’envie, il y a le flaconnage et le packaging. C’est un art dans lequel la France excelle et qu’elle brandit tel un étendard. Les chefs d’œuvre et les pièces montrés ici en sont le témoignage.

Il est heureux que les grandes maisons de parfum continuent à sortir de temps en temps ces merveilles.La ville de Grasse a vu en 2018 les parfums inscrits par l’Unesco au patrimoineculturel immatériel de l’humanité. C’est formidable !

La Route du Cristal dans le Grand Est mériterait peut-être aussi une telle reconnaissance, tant le savoir-faire est immense.Je parlais du parfum il y a un instant, cela me permet de relever aussi l’importance des « Nez » ans le processus de création d’un parfum dans l’élaboration du concept global.

Cela m’autorise à saluer M. Thierry Wasser, Le « nez » actuel de Guerlain, qui nous fait le plaisir d’être parmi nous ce soir. Nous avions des attaches communes, via des personnes très proches, à Montreux, en Suisse, pendant trente ans au moins, mais sans jamais nous connaître directement. Il a fallu une visite d’usine pour nouer une forte relation depuis. Un autre aspect de la « collectionnite », qui permet des rencontres passionnantes.

La collection, rassemblée avec amour et passion pendant 30 ans, se veut une reconnaissance, un témoignage d’admiration, pour les designers, pour les Meilleurs Ouvriers de France et pour les collaboratrices et les collaborateurs des manufactures. Comment véhiculer mieux que par une collection partagée leur grand art, accompli à merveille dans un passé qui se continue, en sublimant leur savoir-faire. ?

Nous avons un rôle et un devoir à jouer, de préservation du patrimoine et des connaissances, comme de transmission aux générations futures. A leur tour, celles-ci pourront découvrir et admirer toutes ces belles réalisations, que ce soit des flacons, des coffrets ou des étiquettes, par exemple.Depuis le début du 20ème siècle, puis à l’occasion de l’exposition des arts décoratifs et industriels de 1925, et par la suite encore, jusqu’à aujourd’hui, les créateurs se stimulent entre eux pour concevoir les plus beaux flacons et coffrets. Une saine et vivifiante émulation qui, ensuite, oblige les manufactures à des prouesses techniques de plus en plus poussées.

Le parfum ne se boit pas ; le cristal ou le verre ne se mange pas non plus… Pourtant tout ce qui arrive me fait penser à la Gastronomie, aussi un Art exceptionnel, Français.

Les responsables du Pôle Bijou ont accepté le partage des lieux. Elles vont mettre en place dans quelques jours une exposition de bijoux réalisés par des artistes en relation avec le thème de l’exposition « Le Parfum en Majesté ». Un beau complément qui accompagnera parfaitement les flacons de couturiers-parfumeurs.

Depuis 30 ans, la passion ne m’a pas quitté un seul instant. Je continue toujours à chercher et à acquérir des pièces. Croyez-moi, il faut de l’acharnement pour dénicher des rares et belles pièces. Le domaine s’étend presque à l’infini. Chaque flacon a une histoire, comme chaque parfum. Et les anecdotes foisonnent, ce qui rend d’autant plus attrayante une présentation de parfumerie. Ajoutons-y les histoires insolites ou touchantes entourant souvent la manière dont je les ai trouvés, leur découverte lorsqu’elles étaient inconnues, les frissons que cela a provoqué chez moi et que je souhaite transmettre aux visiteurs.

Parmi toutes les anecdotes, il y a celle de mon premier flacon, en l’occurrence celui en cristal de Baccarat en forme de tortue sorti par la Maison Guerlain en 1914 pour le parfum « Champs Elysées ». C’était un clin d’œil pour marquer le retard intervenu dans les travaux d’aménagement de sa boutique sur la plus belle artère du monde. Tout un symbole, déjà, de patience et de longévité, un parallèle valable pour le projet de musée ….

L’art de la parfumerie relève du domaine du Luxe, secteur économique florissant, qui contribue, directement et indirectement à la réussite et au développement de la France. Le luxe joue aussi un rôle pour le maintien de places de travail et la création de nouvelles, un rôle social important. Qu’il soit de Lalique, de St-Louis ou de Baccarat, le cristal étincelle et brille. Et mes yeux aussi.”

Extrait du site www.vessiere-cristaux.fr