Muchat, Patou, Coty, Toulouse-Lautrec, Bonnard, Puccini, Guitry et… Cappiello. Autant de noms d’artistes qui gravitent autour et sur des affiches inspirées. Leur histoire se raconte ici dans une exposition au MIP de Grasse jusqu’au 7 mars 2021. Visite guidée.

Au cœur du XIX, de grands illustrateurs exposent leurs créations hautes en couleurs dans les rues. L’art de l’affiche prend son envol avec les égéries du théâtre parisien esquissées par Lautrec ou Bonnard.

Italien arrivé en 1898 à Paris, Leonetto Cappiello modernise l’art urbain avec des affiches innovantes, inspirées tout d’abord de ses caricatures. Grâce à un style inédit, il magnifie la figure féminine pour les maisons Luzy, Patou, Olivert-Legrain.

Cappiello, c’était le luxe d’un tableau de maître mis à la disposition des passants, le régal d’une apparition féérique sur la lèpre des palissades, l’éblouissement d’un arc-en-ciel sous le ciel noir des faubourgs. Le petit Dauphinois du 6 février 1942.

Dans la lignée de Jules Chéret, inventeur de l’affiche moderne en couleurs et de grand format, Leonetto Cappiello renouvelle l’art publicitaire. Avec le développement de la lithographie, la réclame se colore et participe à la construction de l’image de la marque.

Les images ainsi créées attirent l’attention des passants et des automobilistes. Cappiello innove dans le domaine en proposant des affiches aux couleurs vives, aux formes synthétiques nommées arabesques. Il propose un univers fantaisiste habité de séductrices, de femmes- fleurs ou de personnages de la Commedia dell’arte.

Son art est efficace : il émerveille tout autant qu’il permet l’appropriation rapide du message publicitaire.

Après avoir quitté l’Italie en 1897 pour faire carrière à Paris, Cappiello s’y installe définitivement en 1898. Il rencontre le compositeur italien Puccini dont la parution de la caricature dans le journal satirique Le Rire fait sensation.

L’exposition qui est consacrée à Cappiello par le MIP de Grasse présente son processus créatif qui suppose la réalisation d’un premier dessin de la taille d’une vignette, suivie d’une esquisse au pastel ou à la gouache.

Les photos peintes, d’un format plus présentable facilitent la suggestion de variantes. La maquette du projet est ensuite réalisée à l’échelle. La dernière étape consiste à imprimer l’affiche, suivant le procédé de la lithographie.

Parfois, une maquette refusée est réutilisée pour un autre produit. Ainsi, en 1923, la Femme à la rose, destinée à promouvoir du parfum, sert finalement à vendre du vin, tandis que l’affiche du Parfum Robillard est conçue pour du dentifrice.

Parallèlement à sa carrière d’affichiste, il réalise de nombreux ensembles décoratifs parmi lesquels décors et costumes de ballets pour Sacha Guitry, mais aussi fresques, cartons de tapisserie, vitrail et mobiliers.

J’aime les parfums parce qu’ils sont des éléments de bonheur, parce qu’ils peuvent répandre autour d’eux un peu de rêve… Je les aime parce qu’ils redoublent le charme des lignes et de la musique et qu’ils paraissent directement se mêler à notre âme…

Leonetto Cappiello in Excelsior, 16 mars 1927

La parfumerie et la beauté occupent une place prépondérante dans sa carrière.

Comme Jules Chéret et Alphons Mucha, Leonetto Cappiello met son talent au service des parfumeurs les plus renommés.

Parfums des maisons Coty, Daver ou Robillard, savons Latour, dentifrice, fards, crèmes et poudres de Luzy, produits capillaires s’affichent sur les palissades et les colonnes Morris.

En 1940, éprouvé par la guerre, Cappiello fuit la capitale avec sa femme pour le Puy-en-Velay. Ils s’installent à Grasse en 1941. Installé dans la maison de « La Petite Campagne », Cappiello y crée quotidiennement.

Il réalise une série d’illustrations de poèmes de Rimbaud, cependant jamais publiées, peint à Antibes une importante décoration murale.
Il prépare sa prochaine exposition parisienne. Autoportraits et nus saisis dans une nature foisonnante constitueront ses dernières œuvres.

Le journal le Temps lui rend hommage : « Capppiello avait trouvé l’art de rendre la réclame aimable et la publicité poétique. Il en avait inventé le style, la couleur et le mouvement dans ce peuple dansant et volant de gures plaisantes et fantasques, échappées à toute pesanteur, et qui semblaient toutes sorties de quelque mystérieuse boutique de jouets dont Hoffmann ou Andersen auraient été les fournisseurs habituels.

Le Temps, 9 février 1942.