Sans sourceur, point de parfums. Rencontre avec Stéphane Piquart : « Je cherche des matières premières qui soient belles, respectueuses de l’environnement et des producteurs, qui apportent de la différence ». Telle est la quête de Stéphane Piquart. En 2017, il a créé Be Have, sa société de sourcing. Et depuis peu, sa marque en ligne “Le Sourceur”. Rencontre d’un passionné de belles matières au service d’une belle parfumerie.

Il revient d’Oman, à l’affut d’une nouvelle matière sur la route de l’encens, le teint buriné et le sourire enjoué. Pour cause : son métier est sa passion et il la partage avec les parfumeurs qui l’attendent de pied ferme à chacun de ses périples.

Sourceur de matières premières durables et équitables, Stéphane Piquart parcourt le monde à la recherche de l’essence la plus parfaite qui rejoindra la palette des plus grandes maisons de parfum.

Il se définit comme « d’abord, un chasseur d’odeurs et de fragrances pour la parfumerie.
Aventurier des temps modernes, le sourceur parcourt le monde à la recherche de plantes et de matières aux propriétés olfactives uniques. C’est encore un humaniste qui œuvre pour la protection des populations locales et de leur environnement. Un individu capable de s’imprégner des spécificités des
régions qu’il explore et qui travaille avec et pour les populations locales. C’est en somme un homme moderne qui
s’imprègne des valeurs passées, engagé dans le présent et définitivement tourné vers l’avenir.

En créant sa société Be Have il y a plus de dix ans, il a voulu « découvrir les matières premières nouvelles en justifiant de critères de sécurité et d’approvisionnement à long terme, et dans le respect des petits producteurs, en achetant au juste prix. » 

C’est ainsi que grâce à lui, la variété de santal australien est devenue un ingrédient incontournable de la fine fragrance (face au santal indien dit de Mysore, qui subit une déforestation telle que son cours a triplé sur le marché). On le
retrouve dans Voyage et Eau des Merveilles (Hermès) , Givaudan
ou Takasago…

D’Australie aussi, il a ramené le fire tree découvert par hasard et qui a séduit aussitôt plusieurs parfumeurs : les feuilles, quand elles sont frôlées par les flammes, produisent une résine aux notes de litchi, lilas, cassis mêlée d’odeur brûlée… Chez les Himbas de Namibie, la « chance » lui sourit encore : il trouve le bushman candle une gomme qui chauffée, dégage une affluence d’encens et de benjoin.

Mais ce temps où le chasseur d’odeurs ne proposait que des santal est révolu :
désormais une trentaine de matières premières a rejoint son catalogue.  L’ambre gris d’Indonésie, la résine de myrrhe
de Namibie, la vanille verte et l’ylang-ylang de Madagascar et des Comores en font partie. Jusqu’au jour ou Stéphane dénichera la fameuse odeur animale ou celle du tabac qu’il recherche depuis si longtemps…

En attendant, il poursuit sa quête inlassablement, toujours passionné, enthousiaste et désireux de partager ses valeurs : « Mon approche a changé. Elle est moins dans le rêve et plus dans le concret. Je suis très attentif au respect des populations et de l’environnement. Avec l’appui des ONG telles que Cœur de Forêt en Indonésie, l’IRDNC en Namibie ou la SWC en Australie,  il souhaite « respecter les principes de développement durable, et de prix juste ».

Mais pas seulement : « les matières des pays visités racontent des histoires parfois ancestrales, et j’aime en tenir compte dans mon métier que je
considère comme un trait-d’union. Je pense apporter ma part au parfum : cela donne un sens à mon métier».

Fidèle à Habit Rouge, il parle du parfum comme un moyen de « rendre heureux. Sentir bon c’est aussi (se) sentir bien pour être bien ; il donne une identité qui peut évoluer au fil des années mais permet de se révéler »…

Puis il revient à son activité et poursuit : « Par ailleurs, j’ai de plus en plus d’expérience terrain et mon odorat s’est affiné. Les odeurs sont de plus en plus tournées vers des produits « gourmets, » autour de
la fève tonka par exemple. On est aussi plus attentifs à la récupération pour donner une deuxième vie aux matières comme le spicatum, huile essentielle tirée du bois de santal australien.» 

Pourtant, rien ne le prédestinait à ce métier. Du Bénin de son enfance à la maison familiale de Saint Cloud et aux vacances passées dans la Nièvre ou aux Portes en Ré, l’adolescent ne sait pas encore que son odorat le mènera loin, très loin ;  mais les souvenirs olfactifs (« d’herbe, de couscous, de mine de crayon, de la nature »…) s’installent dans sa mémoire. Son père était adepte de l’eau de Cologne Jan d’Albret et son oncle, qui souhaite développer une ligne de parfum pour les châteaux français, lui présente Jean-François Laporte de l’Artisan Parfumeur. C’est alors que le destin de Stéphane bascule.

« Je ne connaissais absolument rien à la parfumerie, ni aux créateurs » raconte-t-il. Il découvre alors que la plupart des marques sous-traitent la fabrication des parfums auprès de sociétés comme Givaudan, Mane, Robertet, IFF … auxquelles Jean-François Laporte l’introduit. Fort de sa connaissance de l’Australie où il allait auparavant commercialiser l’huile de santal pour le compte de France Autruche, il s’engouffre dans cette voie. 50% des parfums sont à base de notes santalées. Le coût du santal indien était alors exorbitant. C’est décidé, il importera le
santal australien.
L’eau des Merveilles d’Hermès sera le premier jus édité à base du santal australien.

Il a fondé Be Have sur deux valeurs : une matière première durable – car pour chaque arbre coupé, dix sont replantés – ; un prix juste payé en transparence vis à vis de la population locale. » Et il s’y tient.

Sa marque « Le Sourceur » 

Ce qui l’a sans doute inspiré pour aussi créer sa marque « Le Sourceur » pour le grand public en utilisant ses découvertes, commercialisées sur Internet. Il raconte : « C’est un projet imaginé comme un éveil des sens qui sommeillent en chacun. Il vous emmène aux quatre coins du monde à la découverte de matières naturelles d’exception reconnues pour leur fragrance intense ».

Il poursuit : Le Sourceur, c’est aussi l’aboutissement de 20 ans d’expertises et de rencontres. Notre gamme de produit est développée en mutualisant notre savoir-faire avec celui des populations locales. Nous sélectionnons méticuleusement nos matières pour confectionner des huiles essentielles à l’odeur caractéristique et persistante, qui accompagneront parfaitement votre intérieur.

Pensé pour minimiser l’impact de son action, Le Sourceur agit concrètement pour la planète tout en valorisant une agriculture durable et responsable, émancipée de l’utilisation
des pesticides. Avec l’aide du monde associatif, Le Sourceur participe à la création de filières qui soutiennent les populations locales et les accompagnent dans leur projet.

Dans le même temps, Stéphane continue de parcourir le monde en quête d’autres matières premières. Il espère peu à peu former la relève, des jeunes qui, comme lui, auraient soif de grands espaces riches en matières premières à récolter « dans le respect de l’environnement, avec une éthique de la responsabilité ». Avis aux amateurs !

Il a même raconté son métier, sa passion dans ce petit recueil en forme de carnet de voyage.

Vous avez dit Sourceur… Un sourceur, c’est d’abord un chasseur d’odeurs et de fragrances pour la parfumerie. Aventurier des temps modernes, le sourceur parcourt le monde à la recherche de plantes et de matières aux propriétés olfactives uniques.

Un sourceur, c’est
encore un humaniste qui œuvre pour la protection des populations locales et de leur environnement. Un individu capable de s’imprégner des spécificités des régions qu’il explore et qui travaille avec et pour les populations locales

Un sourceur, c’est en somme un homme moderne qui s’imprègne des valeurs passées, engagé dans le présent et définitivement tourné vers l’avenir.

www.lesourceur.com

ET AUSSI :

Valoriser la biodiversité et l’humain : “Parfumeurs sans Frontières” est une association à but non lucratif récemment créée par des indépendants de la parfumerie française parmi lesquels Olivier Behra et Stéphane Piquart.

Madagascar, Pérou, Israël… l’objectif de cette ONG olfactive est de créer du lien entre l’industrie et les communautés locales en valorisant des plantes à parfum endémiques (sacha inchi, baume de Galaad, vanille de Nosy Komba…).

 

Le tout avec un engagement écologique et social.

Plus d’informations : https://lnkd.in/e-PBYNc