Voici un florilège de lectures hivernales * Bon voyage !

livre Pierre GuérosPierre Guéros, Voyage en Syrie

Petit par la taille et généreux par les paysages et les odeurs, ce livre est signé par un parfumeur, globe-trotter, ici voyageur, explorateur et auteur.

Tel un carnet de voyage, cet ouvrage est une invitation à stimuler nos sens, tous nos sens. L’écriture est enlevée, imagée, enthousiaste, émerveillée. Avec des yeux parfois ébahis, l’auteur partage ses émotions réveillées pour l’occasion : ses origines grecques lui sourient. Et livre les influences des odeurs et senteurs croisées sur ses créations olfactives.

On se laisse porter par les découvertes au fil des rencontres pour découvrir un pays méconnu : la Syrie.

Extrait page 29 : “Les parfums sont au Levant un étrange mélange d’influences occidentales et orientales. Un syncrétisme d’odeurs qui laissent une copie de parfum Chanel se mélanger à un bakhoor en combustion. La tradition du parfum “pyrogéné” est encore bien présente et le bakhoor, encensoir oriental, décrit à la fois l’objet et le parfum que l’on brûle. Il perpétue certaines traditions de la parfumerie – spirituelles, purificatrices et médicinales. Les odeurs de jasmin, de vanille et de santal se mélangent à celles de la fumée et du charbon. On distingue parfois la framboise, parfois l’odeur âcre de la combustion”.

Collections Empreintes des Editions JDA (Journal d’un Anosmique) illustré par Mélanie Crequer

Pierre est aussi à écouter sur le Podcast La Voix du Parfum https://www.youtube.com/watch?v=paxkJABsAMk&t=338s

Livre Ph CLaudelPhilippe Claudel, Parfums

Florilège de senteurs, palette de Parfums, ce recueil est une invitation au voyage olfactif.

De la cannelle à la crème solaire en passant par l’odeur des draps frais, celle de l’église, du foin, de la mort, des ombellifères, des rivières et tilleul et même du réveil, le lecteur se laisse emporter par les souvenirs olfactifs de l’auteur.

Membres de L’Académie Goncourt, Philippe Claudel, auteur des âmes grises des trois petites histoires de jouer, dans Parfums, dresse un tableau de ce que son sens olfactif a reçu. Il introduit son escapade sensorielle avec les mots de Baudelaire : « laisse-moi respirer longtemps, longtemps, loader de tes cheveux, et plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l’eau d’une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant pour secouer les souvenirs dans l’air. »

Les phrases sont le plus souvent long et enveloppant, nous entraînant dans un tourbillon coloré, précis et odorant.

Et parfois le rythme s’accélère, les phrases plus courtes et légère sans vol comme dans ce chapitre étonnant : voici un extrait « Ombellifères » page 132

« Le soleil derrière les minces nuages refuse de se coucher. L’herbe déjà haute est trempée. À chacun de mes pas, elle se sèche contre mes cuisses en y déposant des gouttes tièdes qui dévalent jusque dans mes bottes. Je la caresse avec mes mains. Je ferme les yeux. Je ne veux pas voir, juste sentir. L’eau. Le printemps. Les odeurs de terre mouillée, impatiente d’accueillir de jeunes verdures. Je cherche. Je les sais toutes proches. Je veux une fois de plus être la victime de leur sortilège. Ce sont les sirènes des champs. Elles séduisent le promeneur par leurs effluves vert d’aneth et le pauvre ne peut ensuite s’attacher à d’autres herbes, hanté qu’il est toujours par leur fragrance cumineuse où on peut reconnaître, atténuée, des notes éparses d’anis et de girofle. Ombellifères. Et le nom tout à la fois féminin et terminé abruptement par une finale mâle est un sésame de conte. Je le murmure en marchant. Je le répète. Ombellifères. Ombellifères »

Senteur de DoraDora Baghriche, Le goût des senteurs

On se plonge dans la littérature avec délectation, au rythme des pages que traversent les souvenirs

Des extraits connus au moins connus sont tirés d’œuvres d’Émile Zola, Marcel Proust, Colette, Jan Giono, Paul Claudel, François Cheng, André Gide, et bien d’autres.…

Ils évoquent tour à tour des senteurs, des odeurs, des fragrances qui réveillent tous nos sens.

Prose et poésie se donnent ici rendez-vous, commentées avec précision et sensibilité par la créatrice de parfums,  inspirée.

Extrait page 29 à propos de l’odeur de la pomme par Philippe Delerm.

La Parfumeur nous rappelle dans son commentaire  : « les odeurs fruitées, symboles de la nature, de joie d’enfance, du passage des saisons, inspire fortement les Parfumeurs depuis des décennies. En 1918 né le parfum « Le fruit défendu » chez Parfum de Rosine, créé par Henri Alméras. Le flacon est une pomme et le parfum est ambré, fleuri, à la facette pêche très prononcé. Il est alors odeur de scandale, perçu comme étant trop envahissant et écœurant. Il devient précurseur des familles fruitées et plus tard gourmandes comme Mitsouko de Guerlain et bien plus tard trésor de Lancôme Angèle de Thierry Mugler Nyda de Nina Ricci Anais Prelmier délice et bien d’autres encore. Les notes fruitées, si elles apportent gaieté, plaisir et modernité sont néanmoins souvent accusées d’être trop chimiques, collantes et peu chics. La frustration des Parfumeurs à propos des notes fruitées réside dans le fait qu’il est encore très difficile d’obtenir une extraction naturelle de fruits pour la parfumerie. »

Isa lit GattiGérard Gatti, Effluve express E 57

Carnet de voyage, quête initiatique, autobiographie, roman à rebondissements, saupoudré de suspens et d’escale dépaysante, d’aventure et d’amour …

Ce livre est un peu tout cela. Le héros court après… un parfum ou plutôt celle qui le porte.

De Paris à Londres en passant par Rome, la Corse et le désert Tunisien, il brave des épreuves, affronte les ennemis, découvre l’amour avec un grand A et parfois se pose pour parler parfumerie.

Le style est enlevé, imagé et le parfum innovant, héros aussi du livre, nous mène par le bout du nez chapitre après chapitre.

Extrait page 33 : “Être Parfumeur c’est aussi savoir que l’on va par ses créations accompagner les hommes tout au long de leur vie et se met des repères olfactif qui est réactive rond les bons et les moins bons souvenirs de leur existence. Le Parfum est là, en quelque sorte, pour nous rappeler que nous sommes vivants, et l’on pourrait sans conteste associer à la formule latine de Descartes « Cogito ergo sum, la suivante : Sentio ergo sum ».

Patrick Süskind, Le ParfumLivre le Parfum PS

C’est un re-plongeon dans les méandres troubles de l’esprit d’un excentrique-parfumeur-meutrier…

Dès sa naissance, rien n’est serein, ni logique. Ses actes sont instinctifs. Tel un prédateur en quête de l‘extase sensorielle, Jean-Baptiste Grenouille nous tient en haleine d’une rencontre à l’autre. Tout au long de sa quête, initiatique, psychédélique (24 trophés meutriers…) Jusqu’au bout. Jusqu’à en perdre souffle parfois. Une des raisons du succès du livre sans doute.

En vingt ans, il a été traduit en quarante-huit langues et vendu à vingt millions d’exemplaires.

De Paris à Grasse en passant par les grottes d’un volcan d’Auvergne (une retraite de 7 années.) à Montpellier pour finalement finir sur un échafaud au coeur de la capitale, le périple du jeune homme est ponctué de découvertes olfactives décrites avec précision et emphases. A l’image du personnage.

Extrait page 4 : “ Alors le Grand Grenouille ordonnait à la pluie de cesser. Et elle cessait. Et il envoyait sur le pays le doux soleil de son sourire, et d’un seul coup éclatait la splendeur de ces milliards de fleurs, d’un bout à l’autre du royaume, tissant un seul tapis multicolore, fait de myriades de corolles aux parfums délicieux. Et le Grand Grenouille voyait que c’était bien, très, très bien. Et il soufflait sur le pays le vent de son haleine. Et les fleurs, caressées, exhalaient leurs senteurs et, mêlant leurs myriades de parfums, en faisaient un seul parfum, changeant sans cesse et pourtant sans cesse uni, un parfum universel d’adoration qu’elles adressaient à lui, le Grand, l’Unique, le Magnifique Grenouille ; et lui, trônant sur un nuage à l’odeur d’or, aspirait à nouveau en retour, la narine dilatée, et l’odeur de l’offrande lui était agréable. ».

  • lecture imposées par une chute et fracture du péroné et donc une incapacité à marcher durant 6 semaines:) Tout va mieux maintenant !

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